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D'une porte à une autre

  • Photo du rédacteur: Fleur Zeta
    Fleur Zeta
  • 28 mars 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 avr. 2024



En tant qu’humanitaire, on finit toujours par arriver à ce moment où on se demande si on quitte le bateau ou si on reste.

Alors que la guerre à Gaza fait rage et que d’autres s’intensifient en Afrique et en Europe, les organisations humanitaires font de plus en plus facent à une insuffisance de ressources pour gérer toutes ces crises. Les donateurs se fatiguent peut-être ou réorientent leurs fonds vers les urgences qui leur sont proches ou vers lesquelles ils se sentent le plus concernés. Quoi qu’il en soit, pour nous qui sommes sur le terrain, la situation est vécue de moins en moins bien.

En effet, pour beaucoup parmi nous, ce travail n’est pas qu’un moyen de sentir utile au monde mais aussi et surtout un gagne pain pour soi et sa famille. Alors se réveiller un beau matin et apprendre qu’à cause du manque de fonds votre poste va être coupé, cela revient presque à recevoir un verdict de mort.

Dans tout le milieu humanitaire, en ce moment, la plupart des organisations ont gelé la majorité de leurs recrutements externes et essayent de gérer en interne les employés sans affectation. Les plus malchanceux ont commencé à rentrer « au quartier » depuis 2023.

Les cerveaux chauffent. Où postuler ? cest chaud partout.

Pour ceux qui comme moi ont passé toute leur carrière jusque là à travailler dans l’humanitaire, il est temps de commencer à réfléchir aux compétences qu’on a et qui nous permettront de s’insérer dans d’autres domaines professionnelles…et pourquoi pas rentrer au village. Heureusement pour moi, je sais manier la houe pour remuer la terre et planter…(j'espère que je m'en rappelle encore en tout cas).


Parlant de moi, chance, grâce de Dieu ou pas encore touchée tout simplement, je suis de ceux qui restent en poste et qui devront par conséquent assumer plus de responsabilités, car tous ceux qui partent ne seront pas remplacer. Donc ceux comme moi qui restent, endossent plus de travail. C’était déjà dur avant alors qu’est que ce sera bientôt ?.... je veux pas y penser. Je gère au jour le jour. Lorsqu’une journée de travail est bouclée, je rends grâce à Dieu et j’attends le jour suivant.


Comme vous le savez, j’ai rejoins depuis bientôt 9 mois l’opération humanitaire du Moyen Orient. Je me suis mise à l’anglais et à l’arabe. J’ai réajuster mon travail habituel au contexte et j’essaye encore de m’adapter. L’une de mes fiertés jusque là est l’Espace Ami des Enfants que j’ai pu mettre sur pieds dans l’espace de protection où je travail afin de s’occuper des enfants qui viennent avec leurs parents pour diverses préoccupations. Effectivement quand je venais d’arriver, j’avais constater que les parents avec enfants étaient peu concentrés lors des entretiens qu’ils avaient avec nos collègues parcequ’ils devaient avoir un œil sur leurs enfants qui jouaient et courraient partout. Sous ma coordination, nous avons convenu de trouver le moyen d’occuper les enfants pendant qu’on s’entretenait avec leurs parents, et j’ai pu y arriver. Les enfants sont ravis.

J’aime bien parfois sortir de la caravane qui me sert de bureau, pendant ma pause, et les regarder jouer. Cela me détend la plupart du temps. Mais parfois je m’abstiens parceque ma peau noire et mes cheveux/tresses crépus attisent très souvent leur curiosité. Certains viennent me toucher, d’autres essayent de me parler, la plupart s’attroupent autour de moi en chuchotant et en poussant de petits gloussements. Il y’a des jours où cela m’amuse et je me prends au jeu, les laissant me toucher ou me regarder ; mais d’autres jours, les mauvais jours, je me dépêche de me subtiliser à leur présence pour avoir un peu de moment à moi loin de leurs regards curieux. Il n’ya pas que les enfants d’ailleurs, seulement les adultes, eux, savent dissimuler leur curiosité. Mais pas tous... Je me rappele d’ailleurs un jour, l’un d’eux a pris son courage et m’a approcher pour me demander dans un anglais teinté d’un fort accent arabe : « where are you from ? Kenya ? Egypt ? sudan ? ». lorsque je répondis <no> à toutes ses hypothèses, il eut cet air surpris comme pour se dire :< mais elle sort d’où elle ?>. Lorsque finalement je dis : <Cameroon>, le pauvre avait eut l’air encore plus perdu. Cette fois ses yeux avaient l’air de s’écrier :< what hell is it again ?>; et je crois bien que ma vie au Moyen Orient pourrait se résumer à cela.


Beaucoup s’interrogent sur moi et pour ceux qui savent d’où je viens, la curiosité est encore plus forte : <qu’est ce donc que le Cameroun?>. Mes collègues sont les plus chanceux, parce que à eux, souvent, je leur parle de mon beau pays : sa faune, ses plats traditionnels, sa culture, ses paysages, ses saisons, ses peuples, ses langues….

Alors je crois bien qu’il ne me sera pas difficile de rentrer chez moi s’il arrivait que dans les prochains mois, mon poste soit aussi coupé.


Il faut bien se le dire, on finit toujours par se lasser de l’instabilité de notre vie d’humanitaire. Rentrer chez soi finit toujours par nous tenir autant à cœur que avoir une source de revenus.


A tous ceux qui en ce moment passent par ce moment de restructuration de l’organisation pour laquelle ils travaillent à cause du manque de financement, j’ai envie de dire que c’est sans doute le moment de se créer une vie stable chez soi ; se réinventer et se reconvertir à un métier moins stressant, moins sacrificielle mais aussi peut-être moins passionnant….nous avons tous plusieurs talents à exploiter au cours de notre vie. Alors il s'agit peut-être d'une opportunité de se découvrir de nouveaux talents. La fin d’une chose est toujours le début d’une autre…


Une porte fermée mène toujours à une porte ouverte.


Il suffit de ne pas rester focaliser sur celle qui s’est fermer. Se tourner vers la nouvelle vie qui s’offre à nous et se dire que chaque expérience mérite d’etre vécue avec une pleine conscience de la beauté de la vie.


Fleur Zeta

 
 
 

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