Fêtes de fin d'année...quelle galère!
- Fleur Zeta

- 4 janv. 2019
- 5 min de lecture
Décembre tirait sur sa fin et c’était déjà la galère !
Partout dans le monde…ou presque, chacun se livrait au programme des fêtes : Noël, nouvel an, mariages, anniversaires. Ou même pour rien. Chacun avait déjà un plan bien dessiné sur ce qu’il fera de sa fin d’année.
Moi, pendant ce temps, je devenais folle. Oui folle.
Je courais partout : sur le terrain (villages, sites emménagés de réfugiés), auprès des institutions de l’Etat (pour les bilans) et au bureau. Il fallait superviser et suivre les activités des partenaires (les ONG sous contrat avec notre agence) pour être sûr que les objectifs annuels avaient été atteints…ou en bonne voie…
Au bureau, il fallait rédiger. Mon Dieu ça n’en finissait pas les rédactions : rapports, notes, évaluations.
Et comme si tout cela ne suffisait, pas la pression du renouvellement de contrat plane toujours au-dessus de nous.
Et oui ! Un humanitaire c’est aussi un employé, un salarié. Certains sont certes des fonctionnaires des Nations Unies (nationaux ou internationaux), tandis que d’autres sont des cadres dans des projets humanitaires ; mais nous sommes tous sous contrat. Nous sommes nous aussi évalués chaque année. Alors, il y avait cette angoisse.

La pression des contrats
Certains la ressentent moins parce qu’ils savent déjà qu’ils n’ont rien à craindre (le besoin est là et la performance n’est plus à démontrer) ; d’autres par contre se rongent les doigts (pas toujours par défaut de bonnes performances). Et inutile de vous dire que dans un environnement comme le nôtre (où les relations humaines sont très importantes), le stress se contamine à la vitesse de l’éclair. Il suffit d’avoir un collègue ou un proche collaborateur inquiet, pour qu’en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, on ressente la même nervosité.
Certains deviennent très vite irritables ; d’autres extrêmement tristes ; même si la plupart font tout pour ne rien laisser transparaître dans leur comportement. Mais l’une des choses qu’on apprend quand on est dans l’humanitaire, c’est que la souffrance ça se partage toujours d’une manière ou d’une autre. Notre sensibilité à la souffrance des autres s’affine. On la ressent et on y réagit consciemment ou non.
En vérité, il n’est rien d’aussi déplaisant que de ne pas savoir si l’on aura encore une source de revenus les jours qui viennent. Ce sentiment sert généralement de principale raison pour profiter au jour le jour de cette expérience passionnante que nous offre ce milieu. Ceux qui restent plus longtemps s’habituent aux va et vient de collègues que l’agence change à sa guise ou pour mieux dire, à la guise des bailleurs de fonds. La fin d'année c’est donc aussi cela. Une période pendant laquelle on dit au revoir à beaucoup de collègues avec lesquels on a passé une année intense de travail et d’émotions. Et vous le savez : il n’est jamais facile de dire aurevoir !
Les attentes des nôtres !
Alors dans cette atmosphère furtivement anxieuse, et cette course folle derrière des activités à finaliser sur le terrain, pas de place pour quelque planning que ce soit pour les fêtes de fin d’année. « Oui, je vais y réfléchir chéri » ; « mais oui maman je serai là » « bien sûr mon petit fiston que je serai là pour l’arbre de Noel à l’école », bref des coups de fil pleuvaient. Les amis, les familles et même les voisins étaient inquiets comme chaque année… Est-ce qu’il/elle sera là ? Effectivement rien n’était sûr.
Moi, j’avais un mariage auquel je devais assister à plus de 500 kilomètres de mon lieu de travail. Puis j’avais promis à ma famille d’être là pour Noël…. Alors des jours avant, j’ai tout fait pour pouvoir me libérer. J’ai fait plus d’heures de travail qu’il n’est recommandé. Parce qu’il faut le savoir aussi, chez nous les heures supplémentaires, sont non récupérables (en période d’urgence ou de crise, le travail sans horaires fixes, c’est normal. En période de stabilité, les horaires de travail sont bien déterminées et les heures supplémentaires non recommandées, même si l’on sait très bien que ton travail demandera toujours d’aller au-delà des heures prévues). Alors j’ai bossé deux fois plus dur pour pouvoir me libérer et voyager. Le jour prévu, j’ai fait 12 heures de route en bus pour être prête et à l’heure pour le mariage, car il me fallait faire des courses bien avant (les femmes me comprendront, car il s’agissait de se rendre belle surtout quand on a l’impression qu’on a plus rien à se mettre de jolie).
J’ai donc dû assister à un mariage sans avoir eu de temps de repos après le long voyage effectué. Le lendemain du mariage c’était Noël, donc il me fallait voyager à nouveau pendant 04 heures en bus pour rejoindre ma famille. Deux jours sans repos et sans me nourrir convenablement. Pourtant je n’étais pas dans ma « brousse d’humanitaire », j’étais bel et bien en ville pendant que je m’épuisais davantage. Alors à peine suis-je arrivée auprès de ma famille que j’eus une crise de fatigue. Tout le monde a paniqué. Ma famille a tout de suite décrétée que je m’étais épuisée au boulot. C’est vrai oui, le boulot m’a épuisé, mais et ce long voyage pour satisfaire amis et famille, vous n’y pensez pas ?
Alors mon Noël ? Je l’ai passé sur un lit d’hôpital. Il m’a fallu faire un mail au boulot pour justifier mon absence de 02 jours supplémentaires. « Prends le temps de te soigner avant de revenir » m’a dit mon chef.
On le dit ainsi, mais nous savions tous que même étant malade, il y a des procédures à suivre pour s’absenter plus de 03 jours de ce boulot. On le dit ainsi, mais on sait très bien que ce seront les coups de fil de ceux qu’on assiste au quotidien qui vont nous faire revenir au plus vite. On le dit ainsi, mais on sait tous que même malade (bien sûr pas gravement) on aura à cœur que de rentrer vers cet amour douloureux qu’est ce boulot. Alors 02 jours après Noël j’étais déjà de retour au boulot. Mon traitement médical, je l’ai poursuivie au boulot. Mon repos a été de ne pas aller sur le terrain pendant les jours suivants.
Mon nouvel an ? Je devais me reposer ! Alors j’ai dormi chez moi. Un petit repas partagé vite fait avec une collègue, puis chacune a couru se reposer. Il fallait profiter de la journée fériée !
Dès le 02 Janvier nous étions de retour. Il a fallu qu’un collaborateur me réponde au téléphone « mais madame, je suis encore en famille !» pour que je me rende compte que certains avaient vraiment fêté.
Voilà! Chaque fin d’année c’est plus ou moins pareil à quelques petites différences près, mais dans l’ensemble il s’agit toujours de se rassurer qu’au moins en cette période de l’année, il y aura ce semblant d’équilibre entre boulot et vie sociale.
Pourtant quoi qu’on fasse, notre boulot aura toujours plus de place dans nos vies. L’humanitaire devient notre famille. Désolé mais c’est la vérité !
Fleur Zeta





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