"Je compte, un point c'est tout!"
- Fleur Zeta

- 23 avr. 2019
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 oct. 2023

Comme on dit souvent, quand un sujet vous tient à cœur, vous n'arrêtez pas d'en parler...Moi l'un de mes sujets favoris a toujours été la condition féminine. Alors vous m'excuserez de revenir à ce fameux mois de la Femme. Mars. Le mois consacré à la commémoration de la bravoure des femmes qui ont su à travers le monde et l’histoire, réclamer leur droit. Le droit d’être. Chimamanda N’gozi, une écrivaine nigériane l’a dit : « Je compte. Je compte autant. Pas “à condition que”, pas “tant que”. Je compte, Un point c’est tout».
Les Nations Unies ont déclaré le 08 Mars comme Journée Internationale de la Femme. Mais peut-être qu’il faudrait dire Journée des Droits de la Femme. Car il s’agit bien de rappeler aux uns et aux autres que la Femme a des droits comme tout être humain fait de raison ; d’intelligence ; de sentiments ; d’émotions ; de rêves et d’ambitions. Elles le disent chacune : « je compte », que ce soit une infirmière, une enseignante, une commerçante, une Directrice Générale ou encore plus loin, une femme au foyer.
Il y’en a d’ailleurs qui ont fait de leur vie un service pour les autres. Les humanitaires. Elles sont instruites ; braves ; intelligentes et surtout engagées. L’UNHCR en regorge des talents féminins d’humanitaires! Des femmes exceptionnelles. Avec des cœurs de déesses.
Nous avons approché certaines femmes courageuses, qui ont accepté, pendant un bref moment volé dans leur temps libre, de nous parler de leur expérience de femme humanitaire. Dès le début de notre entretien, des souvenirs ont resurgi. Avec des sourires au coin des lèvres, les regards brillants et lointains, des réponses se sont écrites d’elles-mêmes.
Vous rappelez vous un moment particulier durant votre parcours d’humanitaire où votre Genre a joué un rôle important ?
Notre première héroïne s’est tout de suite retrouvée à l’époque des réfugiés tchadiens du camp de Langui au Nord Cameroun : « l’étape de l’autonomisation. ….je pense que ma sensibilité féminine a beaucoup aidé à atténuer leur agressivité. Il y’a d’ailleurs l’histoire d’un jeune réfugié que j’avais beaucoup aidé à l’époque et qui aujourd’hui travaille dans une ONG». D’ailleurs les réfugiés du camp de Langui l’avaient confié à quelques-uns des autres humanitaires en parlant d’elle : « elle sait nous parler. Elle travaille avec le cœur et elle nous respecte'".
La deuxième femme humanitaire interviewée nous a parlé de l’urgence centrafricaine de 2014 au Cameroun : « lors de l’accueil des réfugiés pendant le screening où il était plus facile pour moi d’obtenir les informations auprès des femmes réfugiées sur les exactions qu’elles auraient subi faces au groupes rebelles ou encore des violences domestiques. Il faudrait noter ici que la culture peulh, pour ces personnes dont la plupart vivaient dans la brousse, ne permettait pas à une femme de s’exprimer devant un homme autre que son époux encore moins devant les membres de sa famille, surtout de sexe masculin. Face à cela, grâce à la maitrise partielle de langue fulfuldé, il a régné un gain de confiance entre elles et moi et le dialogue est devenu plus fluide, la confiance aussi. ».
La confiance. La femme humanitaire en inspire presque toujours !
Y a-t-il des stéréotypes qui vous ennuient ou une situation répétitive qui vous soit arrivée, dans le cadre de votre travail, juste parce que vous êtes une Femme ?
« La femme en général et surtout la belle femme, a beaucoup de challenges car son travail est toujours lié à sa beauté. On attribue toujours ses réussites à des faveurs. Non pas à ses efforts et encore moins à ses performances ».
Pourquoi certains parmi nous s’évertuent à penser qu’une femme engagée auprès de sa famille ne peut être tout autant engagée au travail ? Pourquoi certains parmi nous s’obstinent à agir comme si une femme ne peut être performante dans son travail grâce à ses capacités intellectuelles ?
Concernant les femmes réfugiées de la zone que vous couvrez, comment votre Genre vous connecte-t-il avec ce qu’elles vivent ou ce qu’elles ont vécu ?
« La sensibilité à la souffrance des autres ». Cette émotion qui n’est pourtant pas innée, car, oui, tout le monde n’est pas sensible à la souffrance des autres. Mais en tant que femme humanitaire, la sensibilité est un moyen de connexion avec les autres. Il y a aussi : le combat quotidien des femmes pour s’occuper de leur famille ; la recherche de l’unité familiale ; l’instinct maternel ; la capacité à comprendre des choses dites à demi-mots ainsi que les non-dits. Les femmes sont ainsi, elles lisent entre les lignes et comprennent beaucoup plus vite le langage non verbal. Quel que soit la culture, le pays, la langue ou la race, ces caractéristiques créent toujours une connexion et favorisent souvent la confiance. « Elles s’identifient à moi de par le sexe, le rôle de femme que j’incarne à savoir celle qui est la plus en charge des tâches domestiques, de soin, d'activités d’écoute et d'échanges verbaux, du soutien psychosocial en cas de besoin, des orientations quant à leur épanouissement au sein de la famille en particulier et de la communauté en général. » mais parfois « Juste l’imagination des situations vécues nous pousse davantage dans notre relation d’aide avec elles ».
Comment d’autres femmes vous ont-elles aidé dans votre carrière ou comment aidez-vous les autres femmes dans leur carrière d’humanitaire ?
« La chance que j’ai eu au début de ma carrière humanitaire a été d'avoir eut comme collègues des femmes matures, professionnelles, charismatiques et respectueuses malgré le fait qu’à cette époque j’étais la plus jeune en âge et la plus jeune dans le métier. Elles ont été pour moi de véritables guides et éducatrices. Malgré la distance qui nous sépare aujourd’hui, je me réfère toujours à elles. Cette Grâce dont j’ai bénéficié à leurs côtés et qui a influencé positivement ma vie professionnelle et privée, me permet aujourd’hui de me valoriser, d’aborder diverses questions liées à mon travail avec aisance et de donner des réponses rapides et adaptées aux besoins des personnes relevant de la compétence de notre organisation, d’établir une collaboration saine avec les collègues, les autorités locales et les partenaires ». Il y a donc cet élan de solidarité de femmes dans l’environnement de travail qui huile les carrières humanitaires des autres femmes. « Pour moi, un simple sourire est déjà très important et donne la force de continuer ». Il y a toujours des femmes modèles, des symboles de la réussite ; Celles-là qui vous poussent à ne pas lâcher prise, à continuer à avancer et à prouver votre valeur professionnelle.
Que diriez-vous à une jeune femme qui veut se lancer dans l’humanitaire ?
« Le travail dans l’humanitaire absorbera beaucoup de ton temps. Il faut gérer le peu d’espace et de temps qui reste pour y introduire une famille car c’est elle qui restera la vraie source de joie lorsque nous prendrons de l’âge ».
« De valoriser sa personne par l’humilité, le respect mutuel, le travail, la production de résultats meilleurs et surtout de rester professionnelle (...) ne pas s’arrêter. Bosser dur. Croire en elle. Ne pas chercher la facilité. Toujours aller plus loin ». Conseils de Femmes avisées !
Pensez-vous poursuivre votre carrière en tant qu’humanitaire ? Pourquoi ?
« Oui, parce que Humanitaire je le suis par vocation. J’aime rendre service à des personnes en détresse et affectées ».

« C’est passionnant. J’y suis et je reste. Au début c’était difficile mais pourtant je suis encore là aujourd’hui. L’étincelle dans le regard de l’autre me pousse chaque jour à avancer. ».
Des étincelles qui produisent des brasiers de courage, de détermination, d’engagement et d’ambitions, parsemées de douceur. L’incarnation de la Femme humanitaire. Au HCR Cameroun, elles fleurissent et embaument leur milieu.
Nous pouvons donc en convenir, des droits, la Femme en a toujours eu. Mais pour plusieurs raisons, elle n’en a pas toujours (pleinement) joui. Les actrices du milieu humanitaire, au-delà de leur rôle d’encadrement des femmes, sont appelées, au même titre que toutes les autres femmes, à s’assumer, à oser, à s’épanouir tout en continuant à impacter profondément leur environnement professionnel et, de manière plus large, la société dans toute sa diversité !
Ah ca oui! je compte, un point c'est tout.
Fleur Zeta




....Ah !!! Mais moi je préfère que ce soit "la journée des droits internationales de la femmes".....Pourquoi? parce que si une femme est respectée dans son pays elle ne le serait forcément pas dans un autre....!!!! d'où la nécessite de l' internationalisation de la femme...