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La reconversion

  • Photo du rédacteur: Fleur Zeta
    Fleur Zeta
  • 19 janv. 2023
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 août 2023



Après le trop plein d’émotions vécue dans le pays du beau fond marin, j‘avais besoin d’un nouveau départ. Je me sentais l’âme de quelqu’un qui a fait son bout de chemin et qui voudrait goûter à autre chose. Mais on ne se détache jamais vraiment de son esprit humanitaire. Qu’aurais-je donc pu faire d’autres ?

Dans ma peau j’avais besoin de changer mais mon esprit n’arrivait pas à le concevoir. Alors j’avais beau me concentrer à chercher autre chose rien ne marchait.


Poursuivre des études ? passer des semaines à chercher une école adéquate, à moindre coût et une filière qui correspondrait à un domaine professionnel qui me permettrait de faire une reconversion professionnelle sans heurt, n’a pas été possible. Toutes mes recherches me faisaient revenir à un métier en lien avec l’aide sociale. On aurait dit un cerveau conditionné à ne réfléchir qu’au meilleur moyen d’aider autrui. Pendant que certains cherchaient à s’enrichir, moi tout mon être m’entrainait à me mettre au service des autres alors même que cela venait presque de me coûter ma santé mentale.


Devenir Ecrivain à plein temps ? pourquoi pas ? j’aime l’écriture autant que j’aime l’humanitaire sinon plus. Alors oui, j’aurai très bien pu laisser tomber l’humanitaire et me consacrer uniquement à l’écriture. Mais le hic c’était ma source d’inspiration. Il est vrai que je ne manque généralement pas quoi écrire. Mais mon travail d’humanitaire est ma grande inspiration d’écriture. Sans lui je crains fort de n’avoir à écrire qu’un quotidien connu de tous. Certains parmi mes lecteurs m’ont fait la remarque que je parlais plus de mon ressenti et de mes émotions que de l’humanitaire proprement dit : il faudrait en dire un peu plus. Je m’essayerai sans doute à écrire un essai sur l’humanitaire un de ces jours, mais pour l’instant je traduis en écrit ce que je vis dans ma chair et dans mon esprit en tant qu’humanitaire.


Tout laisser tomber et prendre une année sabbatique comme me le proposait ma colocataire ? très rigolote cette option…combien de semaines aurais-je pu tenir ? non pas sans argent. Non. Mais à ne rien faire ? Juste flemmarder ? Deux semaines de congés me faisaient déjà avoir envie de reprendre mon travail, alors toute une année ? J’éclatai moi-même de rire à cette réflexion.


Me trouver un mari et devenir femme au foyer ? se lancer dans des relations sentimentales qui ressemblent plus aux batailles psychologiques qu’aux tentatives de se construire une vie de famille? Comment passer d’une femme indépendante/autonome, intelligente et ambitieuse a une femme « soumise » qu’on voudrait muette, sans cervelle et surtout sans aucune capacité de décision ? j’avais beau essayé ça ne me réussissait pas. Je multipliai des échecs au fur et à mesure que passaient les mois. Certains jours, j’étais convaincue être la source du problème : peut-être n’étais-je pas prête ? ou alors j’en demandais trop car comme certains le disaient, j’avais « mise la barre trop haute » ? D’autres jours je me demandais si un foyer méritait que je renie ma personnalité ou pire mon identité ? et puis j’ai fini par comprendre qu’on ne troc pas une vie de carrière par une vie de famille à plein temps. On trouve le moyen de se consacrer aux deux ou alors on se dévoue entièrement à l’une d’elle. Mais on n’échange pas l’une pour l’autre. Non.


Je passai donc des jours, des semaines et des mois ainsi à réfléchir à comment me sortir du monde d’humanitaire…je finis par accepter que je ne pourrai pas…je l’avais dans la peau…cette vie…cette façon de stresser…ce besoin de faire quelque chose qui me permettrait de me sentir utile au monde…je l’avais dans la peau. Il m’a fallu faire toute une année de pause d’écriture pour l’accepter. Mais je suis de retour; je resterai concentrée sur ce qui est ma vocation et essayerai de mon mieux de vous partager des bribes d’expériences comme promis au début de ce blog.


Aujourd’hui sachez-le, je ne suis plus dans le pays du beau fond marin. Je suis dans le pays de Toumai. Je réapprends à aimer ma vocation en travaillant non pas sur le terrain au quotidien comme vous le saviez, mais dans une section qui me permet de contribuer à rechercher les moyens à utiliser pour améliorer la vie des réfugiés. Je suis aujourd’hui de ceux qui vont vers la recherche des fonds et qui préparent les rapports d’utilisation de ces fonds pour en avoir encore plus. Ne pouvant pas couper le cordon, j’ai choisi de me reconvertir en interne. Du moins pour l’instant…


Je suis toujours humanitaire mais d’une autre façon. Allons-y, essayons cette méthode. Peut-être m’apportera-t-elle moins d’effort émotionnel et mental que mon quotidien sur le terrain dans le passé.


Grisant tout de même, d’aider de différentes façons.


Fleur Zeta

 
 
 

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