Ma Thérapie!
- Fleur Zeta

- 26 août 2021
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 oct. 2023

Je vis en bordure de mer. La vue est magnifique. Les remous de vagues au réveil; les petits poissons bleus et d'autres multicolores; les mouettes qui survolent les plages et d'autres types d'oiseaux qui fabriquent chaque jour sans se fatiguer de petits nids dans mon jardin.
Le vent. oh! ce bon vent à la fois doux et chaud, qui nous caresse la peau et nous soulage un peu de la chaleur accablante; et quand on hume assez fort, on peut sentir l'odeur de l'eau. Une odeur...indescriptible que seuls les amoureux de la mer pourront comprendre..Une odeur comme celle qu'on sent lorsque quelque chose nous attire alors même qu'on sait qu'elle est dangereuse. Une odeur d'aventure et de promesse, comme lorsqu'on a un coup de foudre pour une personne. On ne sait pas où cela nous conduira cette passion mais on est prêt à braver des obstacles pour en découvrir toujours plus.
Vous trouverez cela étrange, mais au moment où j’écris ce texte, mon film préféré, que j'ai déjà regardé des milliers de fois d'ailleurs, vient tout juste de commencer à la télévision, sur Canal+. Non mais franchement, si ça ce n'est pas un moment de bonheur...
Seulement voilà, c'est un sentiment que je n'ai pas tous les jours. Mes moments de bonheur je les vis lorsque j'en ai conscience...conscience que je vis un rêve que j'avais souhaité: vivre en bordure de mer. Avoir la possibilité de dormir et me réveiller face a la mer. Voir cette étendue d'eau apaisante à perte de vue.
J'avais espéré que vivre en bordure de mer serait mon paradis. Seulement voilà, aujourd'hui, je vois la mer sans la remarquer. Ma tête pleine de soucis et de stress. Je vis ce rêve sans le remarquer. Qui aurait cru que j’aurai la mer sous les yeux et qu’elle ne m’apaiserait pas ?...
Cela fait des mois que j’ai envie d’écrire un nouvel article mais à chaque fois la motivation s’envole dès le premier mot…J'avais peur d'écrire car je n’ai pas envie de vous mentir. Vous faire croire que tout va bien alors que ce n'est pas le cas. J’ai parlé de sacrifices dans mes articles précédents mais je n’avais pas encore vraiment exprimé ce que c’est que de se sentir seul. Souffrir seul. Se battre seule.
Je suis arrivée dans ce pays cela va bientôt faire un an. J’ai fait de mon mieux pour m’adapter aux conditions de vie difficiles notamment la cherté de la vie, le climat infernal, la nourriture et le transport. Mais je vous le dis, le pire ce sont les relations humaines…
Quand on est loin de chez soi on a besoin de créer un réseau social pour nous aider a tenir. C’était le cas pour moi avant ici. Mais aujourd’hui je vis la solitude comme je ne l’avais pas pensé. Mes voisins me regardent avec un air de curiosité et parfois de dédain, car je suis noire, avec des cheveux crépus et que je ne mets pas de voile ; certains m’appellent d’ailleurs « l’africaine », les pauvres bougres ne savent pas qu’ils sont eux aussi africains. Tes compatriotes t’embarquent dans les mêmes discours tribalistes qui pourrissent la vie des gens même sur les réseaux sociaux, et d’autres, parce que tu ne partages pas la même vision sur la vie amoureuse (...sexuelle...) d'expatriés, t’insultent ou t’isolent de leur groupe social.
Tout est fait pour que tu te sentes seul si tu es étranger et/ou différent. Alors vous imaginez bien une expatriée mal briefée sur la vie d’expatriés ; une femme ambitieuse et au caractère aussi fort que ses principes; une bantou attachée à ses origines comme à sa religion. C’est très très difficile. D'ailleurs certains expatriés me regardent souvent avec un regard empreint à la fois de pitié et d'admiration: " Tu tiens le coup! c'est waouh!". C'est bien la preuve qu'ils savent...
J’ai beau faire des voyages touristiques dans le pays pour essayer de m’adapter, de comprendre, de me faire accepter et surtout de m’habituer, rien y fait, je me sens rejetée. Je m’accroches à mon travail …
J’étais venue en pensant donner le meilleur de moi-même comme d’habitude, pour ces personnes vulnérables que je sers. Mais je dois bien vous l’avouer, je suis à moins de 40% de mes capacités professionnelles parce que je dois concentrer toute mon énergie à me défendre et garder le moral.
Alors disons que ce texte me sert de thérapie. Ne vous étonnez pas si les prochains ont le même ton maussade…il est hors de question que je sombre. Il est question que je reste forte et que j’avance car j’ai une vie à vivre.
Faisons donc cette thérapie!
Fleur Zeta




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