Mon projet d’humanitaire aujourd’hui dans mes bras
- Fleur Zeta

- 30 juil. 2020
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 juil. 2024

Je m’appelle Djohn et je suis une femme humanitaire.
Allier le statut de femme mariée au travail d’humanitaire est déjà assez complexe à assumer, alors imaginez-vous associer à cela une grossesse en pleine pandémie mondiale du Corona Virus ! Ceci a été ma situation pendant plusieurs mois.
Avant la pandémie, plus précisément au mois d’Octobre 2019, j’étais en mission sur le terrain pendant l’opération de rapatriement (tel que vous l’avait décrit Fleur Zeta dans son article « ma tête sous le sable »), lorsque les premiers signe de ma grossesse se signalèrent. Une mission assez bouillante, car nous étions tous à notre première expérience de rapatriement des réfugiés et la pression des activités nous absorbaient complètement, nous rendant parfois irascibles entre collègues et surtout très stressés. Mais moi, en plus de cette pression professionnelle, je ressenti des sensations étranges dans mon organisme. J’en parlai à Fleur Zeta et nous décidâmes après réflexion qu’un test de grossesse était indiqué au vue de la nature des malaises que je ressentais. De retour de mission quelques jours plus tard, le test fut réalisé et nos soupçons se confirmèrent. Le test était positif : « JE SUIS ENCEINTE » annonçai-je à Fleur Zeta.
Plusieurs émotions me traversèrent l’esprit à ce moment, parmi lesquelles la joie et la peur. J’étais contente de faire ce beau cadeau à mon mari mais je redoutais l’impact de cet état sur mon travail car en tant qu’humanitaire appelée à travailler sur le terrain au quotidien, je me demandais comment je pourrai concilier ma grossesse et mon travail? Comme vous le devinez sans doute, la joie l’emporta… et rapidement, la bonne nouvelle fût partagée avec mon époux et ma famille.

Mon mari était aux anges. Pour lui rien avait plus d’importance que ce petit être qui se formait déjà en moi. Il aurait voulu que je prenne du temps pour moi afin de rester à la maison au calme et mener ma grossesse à terme sans aucun stress. Mais il respectait aussi ma décision de continuer à travailler car il savait mieux que quiconque à quel point mon travail, bien que stressant, aidait à mon épanouissement. Ce qu’il ignorait en revanche c’est que mes collègues étaient mes souffre-douleurs favoris et choisis. Surtout la pauvre Fleur Zeta….
Dès les premières semaines, les malaises et les maladies liés à mon état s’accentuèrent, mais il fallait tout de même se rendre au bureau tous les jours, sur le terrain la plupart de temps et en mission parfois. Ce n’était pas facile mais j’ai pu gérer avec le soutien incommensurable de mes collègues qui supportaient mes caprices démesurés (comme de bouder pour rien toute une matinée), succombaient à mes envies les plus folles (telle que celle de vouloir manger quelque chose difficile à trouver dans notre zone de travail), et surtout l’attention de mon mari malgré la distance qui nous séparait.
Les premiers mois furent vraiment les plus difficiles, entre hospitalisations fréquentes ; absences répétées au boulot alors même que notre section souffrait d’insuffisance du personnel ; distance avec mon époux qui accentuait ma solitude; les nausées et vomissements matinaux. Je me sentais de plus en plus faible et je maigrissais à vue d’œil. Je me sentais inutile. Fleur Zeta avait beau essayer de me remonter le moral, je me sentais sombrer. Il m’arrivait de me demander à moi-même si cet enfant valait la peine que je sacrifie ainsi mon contrat de travail. Mais l’attention de mes collègues, qui ne cessaient de me répéter que « nous sommes une famille » me réconfortait. « Tu n’as pas à avoir peur pour ton contrat ma belle. Sache d’ailleurs que tu as droit à 4 mois de congés maternité avec salaire et prise en charge médicale » me disaient-ils. Tout le monde pourrait penser en ce moment que je n’avais plus à m’inquiéter, pourtant mon esprit n’arrêtait pas de cogiter. Quand ce ne fût plus sur mon contrat, ce fût sur les bénéficiaires que j’accompagnais au quotidien et qui, je craignais, se sentiront abandonnés parce que j’étais devenue absente au travail, ou encore je m’inquiétais de toutes ces formations que je ratais à cause de mon état. Je trouvais toujours moyen d’angoisser. Malgré tout, je savais au fond de moi que cet enfant était une grâce et ne pouvait que m'apporter du bonheur.
A mon 5e mois de grossesse, alors que les malaises et maladies s’estompaient et que je redevenais assez régulière au travail, la pandémie du corona virus survint.
Si vous avez lu les deux derniers articles de Fleur Zeta sur cette pandémie (« seulement ce que je sais" puis "COVID19 et confinement d’une humanitaire ») vous comprendrez le contexte dans lequel nous nous trouvons au travail depuis qu’est apparue cette pandémie.
Quelques jours seulement après la célébration de la Journée Internationale de la Femme, au cours de laquelle je m’étais bien trémoussée sur la piste de danse le jour du gala de clôture avec mon ventre tout arrondie et Fleur Zeta à mes côtés, la pandémie pris de l’ampleur au Cameroun. Au bureau nous commencions à observer les mesures barrières, les descentes sur le terrain devinrent limitées. Ceci m’arrangea tout de suite car ma santé fragile et la fatigue liée à mon état, exigeaient des pauses plus longues que d’habitude. Tous les doutes et angoisses de début de grossesses avaient disparus ; J’étais pressée d’accueillir mon bébé mais l’ombre du COVID19 commençait à planer….
Dès mi-mars, nous avons commencé avec un confinement progressif avec les essais de télétravail. Je voyais le télétravail comme l’occasion de faire une pause, le moyen de ne plus courir partout à longueur de semaine. J’allais pouvoir me reposer quelques jours et reprendre le travail au top de ma forme; pour tenir le coup jusqu’à mon congé maternité. J’avais raison ! Du moins…en partie. Le confinement me permit effectivement de me reposer (ne pas mettre de réveil pour me lever du lit comme une zombie chaque matin). Cependant, passer toute la journée devant l’ordinateur me donna très vite mal à la tête et avait tendance à favoriser le retour des nausées. En plus L’actualité sur les cas de la Covid-19, dans le monde en général et au Cameroun en particulier, me stressait chaque jour un peu plus. J’ai commencé à angoisser, à avoir l’impression d’être atteinte par le Corona Virus. Je me sentais parfois oppressée par cette situation et j’en faisais parfois des cauchemars. Rêvant que j’étais atteinte du COVID19, couchée toute seule à l’hôpital en isolement, mon bébé disparu. Heureusement qu’à chacun de mes réveils je me rendais vite compte que ce n’était pas la réalité. Mon bébé était encore au chaud dans mon ventre et j’allais bien.

Lorsqu’on m’apprit quelques semaines après, qu’au vue de mon état je pouvais voyager pour rejoindre ma famille tout en restant disponible pour le travail en ligne, la peur du COVID19 diminua de moitié. Avec mon mari, mes enfants, ma sœur et ma mère à mes côtés, je me sentis vite invincible. Etrangement, je n’étais plus inquiète de l’impact de la pandémie sur ma santé et sur celle du futur bébé. Mais, je restais prudente autant que possible, respectant les mesures barrières recommandées.
Une nouvelle angoisse se pointa pourtant encore assez vite. La clinique que j’avais choisie et où j’effectuais mes visites depuis quelques mois, venait d’être scellée par le Gouvernement à cause du mauvais suivi d’un cas décédé, suspecté d’avoir été infecté au Covid19. Où allais-je accouchée ? La COVID19 rendait encore le choix plus difficile car la phobie des hôpitaux s’était installée dans toute la population. On craignait tous d’être infecté à l’hôpital au lieu d’y être soigné. Et les rumeurs circulant sur le traitement infligé dans les hôpitaux aux cas infectés, ou simplement suspectés d’être infectés, rendait la peur encore plus insupportable. Où allais-je accouchée ? J’en avais des insomnies. Entre les recherches sur internet, les conseils recherchées auprès d’autres collègues féminins ayant accouché dans la ville où j’étais, et les avis des médecins de notre organisation, je me sentais confuse. Et puis, un matin, je me réveillai en sursaut en me demandant pourquoi ne pas simplement appelés la clinique pour en savoir plus. Bingo !!!! quelqu’un décrocha assez rapidement, et bonne nouvelle, la clinique réouvrait ses portes dans quelques jours. Le malentendu avec le Gouvernement (enfin… je crois) avait été dissipé. Je pourrai accoucher là-bas sans soucis.
Vous trouverez sans doute bizarre le fait que je tenais à ne pas changer de clinique d’accouchement. Moi non plus je n’y comprends pas grand-chose aujourd’hui. Mettons cela sur le compte de l’un de mes caprices de grossesse…Il était inimaginable pour moi d’accoucher ailleurs….
L’équipe soignante a été exceptionnelle ! je me suis sentie très entourée et soutenue. Je leur ai fait confiance à 100% et j’ai eu ma petite fille. Mon époux et moi avons vécu cet évènement à la fois magique et angoissant de la façon la plus naturelle possible.
MA PETITE FILLE EST NEE.

Née le lendemain de l’anniversaire de Fleur Zeta. Née pour être une étoile comme le dit Fleur Zeta. La plus belle comme le dit son père. La femme forte comme l’appelle sa grand-mère. La boss lady comme l’appelle sa tante. Pour moi elle est mon projet d'humanitaire le plus réussie. Elle s’est annoncée en pleine pression de mon travail d’humanitaire. Elle s’est développée en plein confinement de pandémie et elle est venue au monde comme si tout autour d’elle était normal et merveilleux.
C’est bouleversant de donner la vie pendant qu’on fait face aux douleurs physiques, à la fatigue et l’angoisse ; Mais je me suis sentie totalement portée par l’amour inconditionnel envers ma fille et elle est née.
Le personnel de santé qui s’est occupé de moi demeure des héros à mes yeux ; Mes collègues restent mes souffres douleurs favoris et choisis; mon époux l’amour de ma vie et Fleur Zeta ma belle aventurière, celle qui a su avoir les mots pour m’encourager dans ce beau projet d’humanitaire aujourd’hui dans mes bras.
Alors, pour toi Fleur Zeta et pour tous mes collègues humanitaires du terrain (les ONGs partenaires), je vous dédie ce texte. Ce projet, mon projet d'humanitaire aujourd’hui dans mes bras, c’est le nôtre à tous, parce que : « Nous sommes une famille ».
DAS




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