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Partir pour mieux Rester

  • Photo du rédacteur: Fleur Zeta
    Fleur Zeta
  • 29 nov. 2020
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 1 oct. 2023


Fleur Zeta
Lac Assal, sur la route d'Obock

Parfois quand on fait un choix, au bout de quelques temps, on a des doutes. On se demande si c’était le bon. Si on n’aurait pas été heureux autrement. Si on a emprunté le bon chemin. Mais existe-t-il de bon chemin ? notre chemin est ce que nous faisons, non pas ce que nous espérons.

Il y’a de cela plusieurs années, je me suis tenue devant cette fenêtre ouverte, les yeux levés au ciel et le cœur ouvert vers le Seigneur, j’ai dit "oui je le veux". J’ai fait vœu devant le Seigneur avec ma seule âme en témoin, de suivre cette vocation qui m’appelait à tue-tête.

"Oui, je le veux" ais je dis ce soir-là alors que la lune pointait le bout de sa clarté.

J'ai assisté à un vernissage il y'a quelques mois. Ces magnifiques tableaux accrochés aux murs avec cette audace…la représentation du corps féminin, de l’amour féminin, de l’intimité entre femmes…j’étais là debout devant l’un de ces tableaux et je réfléchissais. Je me demandais s’il me fallait un jour représenter l’amour, comment le ferrai je ?

Parlerai-je d’un homme ? d’une femme ? d’un objet ? d’un sentiment ? ou simplement d’un choix ?

Aujourd’hui je sais. S’il me fallait parler d’amour je parlerai de choix. Car chacun d’eux m’a fait aimer un Homme, un objet ou avoir des sentiments parfois mitigés. Il y’a eu des moments où j’ai regretté certains sentiments mais j’en ai assez des regrets. Assumer est bien plus facile.


J’ai choisi d’être humanitaire. Pas seulement de métier, mais d’âme. J’ai choisi la vie d’humanitaire avec ses aléas, ses joies, ses réconforts et ses peines. Je ne regrette pas. J’assume. Chaque jour je me demande juste comment faire mieux.

A travers ce choix, je vis des amours tellement variés. A chaque nouvelle rencontre je sais qu’il s’agit d’un nouvel amour, différent des précédents. Le nécessiteux que je rencontrais hier au Nord du Cameroun est bien différent de celui rencontré dans l‘Adamaoua et celui rencontré plusieurs années auparavant dans le Littoral. Alors vous imaginez bien celui que je rencontre dans la région de la corne de l’Afrique…le plus fascinant n’est pas la personne elle-même mais l’histoire qu’elle t’apporte. Une histoire à la fois épicée et douce ; soyeuse et rêche ; frêle mais si forte. Un mélange de cultures, de traditions, de valeurs et d’Hommes, qui enrichissent mon âme chaque jour davantage.



La seule chose qui ne change pas vraiment c’est le ciel. Il reste égal à lui-même.

Quand je faisais ce choix, je savais qu’il me mènera à travers le monde. Toute une vie ne suffirait pas à découvrir la diversité du monde. Mais il suffit d’une seule vie pour apaiser les difficultés de bien d’autres. Je m’imaginais que courir le monde permet d’avoir ce qu’on n’a pas; aujourd’hui je sais qu’il n’y a rien ailleurs qu’on ne pourrait avoir chez soi. D’ailleurs avoir un « chez soi » c’est déjà une richesse car il y’en a qui n’en ont plus. Tout à voler en éclat.

Il y a quelques semaines, ce fut le drame des enfants assassinés à Kumba qui m’a interpellé. A chacun de mes escales à travers le monde, je me persuade que j’agis pour le bien. Seulement, ce fameux samedi, le bien à faire dans mon pays m’a interpellé.


Humanitaire pour d’autres peuples sauf le tien ?

J’ai pleuré. Pas seulement pour ces pauvres âmes si jeunes arrachées à la vie trop tôt. Mais aussi pour avoir choisi de courir assumer mon choix de vie d’humanitaire pour d’autres peuples que le mien.

"Oui, je le veux". Ais je pensé si haut ce soir-là. Mais comme on le dit souvent si bien : « pour le meilleur et pour le pire », on ne sait jamais quel visage aura le pire. On reste les yeux rivés sur le meilleur. Chacun porte sa croix dit-on mais on ne sait parfois pas souvent ce qu’est notre croix. Et puis de toute façon, il est bien dit dans la Bible que Simon de Cyrène aida Jésus à porter sa croix ? Alors on peut aider autrui à porter sa croix.

J’ai couru assumer mon choix pour d’autres peuples. D’autres ont couru assumer leur choix pour mon peuple. Peut-être est ce mieux ainsi : aider pendant qu’on nous aide aussi. J’y réfléchis. Aider pour mieux se faire aider.

Partir pour mieux Rester.


Fleur Zeta

 
 
 

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2 commentaires

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Fleur Zeta
Fleur Zeta
15 déc. 2020

Merci @tonyedivin pour ce beau commentaire. Je tiendrai compte de ton conseil.

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tonyedivin
15 déc. 2020

Bonjour ZETA, un plaisir de te lire, on dirait une écrivaine aguerrie et experte en la matière, comme tu sais placer les mots??!! les faire parler et nous faire vivre ces mots en nous donnant le vrai sens de ce qu'ils disent. c'est ce qu'on appelle une vocation, c'est un choix, c'est une dévotion, c'est une destinée....On croit parfois le devenir, mais on l'est dans l'âme à la naissance,..."Tous nous baillons à la naissance, mais il nous arrive parfois de bailler quand quelqu'un d'autre le fait autour de nous" ...Bref on assume ses choix, toi tu as eu un autre aspect de l'amour, celui du prochain (Bien sûr moyennant une rémunération d'Humanitaire...Qui demande des sacrifices hors du commun) Mais cela…

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