Rêvez moins, Agissez plus!
- Fleur Zeta

- 31 déc. 2019
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 oct. 2023

'" Ne jamais abandonner ses rêves même quand on ne sait pas où ils nous mènent."
Je ne sais plus dans quel bouquin j’ai lu cette phrase. Sur le coup elle m’avait plu et je l’ai noté. Mais aujourd’hui, des mois plus tard, elle me fait réfléchir.
Comment ça « même quand on ne sait pas où ils nous mènent » ? heureusement que cet auteur parlait clairement du rêve pas de projet. Parce que je crains que si je la transmet ainsi alors d’un de mes échanges avec mes jeunes réfugiés, ils comprennent tout de travers.
Quand j’étais encore étudiante (Il y'a déjà bien des années!), on nous remplissait le cerveau des phrases du genre : « transforme tes rêves en projets si tu veux les réaliser ». Évidemment tout le monde sait (je suppose) qu’un projet a un début et une fin ; des objectifs à atteindre et des résultats à produire, en passant par des activités bien ficelées dans une période donnée et avec un coût bien déterminé.
Alors pour ceux qui croient que c’est en rêvant tranquillement dans son lit que le bon Dieu va les exaucer, réveillez-vous s’il vous plait et mettez-vous au travail.
A ceux qui croient que leurs rêves se réaliseront sans coûts, sans sacrifices, mettez-vous une bonne claque pour permettre à vos yeux de voir la vraie vie.
Chaque rêve réalisé suppose un sacrifice, un coût.
S’occuper des vulnérables en général c’est une chose. S’occuper de jeunes vulnérables dont certains sont sans emplois, d’autres sous ou non-scolarisés, et d’autres sans papiers d’état civils, c’est une autre paire de manche croyez-moi.
La plupart rêvent. Ils sont dans une sorte de léthargie, comme si un malin les avait hypnotisés et laissés dans un autre monde ; ou encore qu’ils avaient tous consommés une drogue du rêve infini…bref, ils semblent être dans une autre réalité.
Pour les réveiller de cet état, on organise en vain des sensibilisations, des séances de coachings et des témoignages de certains de leurs frères ayant persévérer et réussis à s’intégrer, ils n’en démordent pas.
Et nous sommes en partie responsables de leur état.
Lorsque nous débarquons avec des politiques d’assistances humanitaires (prise en charge totale de nutrition, santé, éducation et logement) il est tout à fait normal que le maillon fort de la population que sont les jeunes, va tout de suite se ramollir et adopter une attitude d’éternel assisté. En période d’urgence, on n’a pas le temps de penser aux politiques de développement parce qu’il faut parer au plus pressant : la survie. Seulement, après, lorsque vient la période de stabilité, notre mentalité la plus prisée de bon africain a déjà fait son petit bonhomme de chemin : « hors de question de travailler, on veut tout avoir sans aucun effort ».
Depuis deux ans maintenant que je travaille avec notre nouvelle stratégie d’autonomisation des populations cibles, le résultat pour moi reste mitigé car comment autonomiser tout une population sortie de la guerre et en plein assistance humanitaire depuis deux ans, sans des ressources adéquates et suffisantes ?
Parce qu’il est aussi question de cela, ils rêvent certes ces jeunes mais d’un autre côté, si on les sort de leurs rêves, qu’avons-nous à les proposer ? On ressemble presqu’à ces politiciens qui emplissent vos oreilles de paroles prometteuses d’avenir meilleur sans qu’on ne le voie vraiment venir.
Heureusement que nous ne sommes pas des politiciens. On ne promet rien. On évalue ensemble et on y travaille.
Il faut reconnaitre que l’humanitaire au Cameroun et surtout dans la zone dans laquelle je travaille, a su associer les stratégies d’assistance a celles de développement. Des écoles sont construites, des centres de santé, des forages, sans oublier toutes ces sessions de renforcements de capacités aux leaders communautaires et aux autorités, pour ne citer que cela. Mais pour les jeunes, il reste énormément à faire…j’en ai presque le tournis…
Et voila que dans cette foulée, on lance le rapatriement volontaire. Il y’en a qui sont partis, d’autres sont restés. Quelque soit le côté de la frontière dans laquelle ils se trouvent, leurs rêvent ne se réalisent pas. Ils se sentent pour la plupart toujours aussi pauvres.
J’en connais pourtant qui ont su transformer leurs rêvent en réalités. Ils se sont battus. Ils ont fait fie du gap de ressources des agences humanitaires, ils sont allés eux mêmes à la rencontre de leur destin. Ils ont fait des projets et ils ont réussis le pari.

Être réfugié n’est pas synonyme de pauvreté ni de manque d’intelligence.
Le jeune YACOUB est handicapé du pieds droit, il est arrivé au Cameroun sans famille et sans biens, fuyant les atrocités de la guerre. Aujourd’hui quatre ans plus tard, il est propriétaire d’une boutique qui lui a permis de se marier ; de transformer son abri, dans le camp, en maison faite de matériaux durables (murs cimentés, toiture en tôles, etc.) et de s’occuper de la scolarité de son enfant.
La jeune ACHTA, est arrivée au Cameroun en fuyant pas seulement la guerre mais aussi un mariage précoce et forcé ; elle était désespérée, sans famille, sans éducation (école formelle), sans biens. Aujourd’hui, elle parle et écrit le français ; elle gagne sa vie en tant qu’interprète et elle a en projet de s’inscrire à l’école pour obtenir son Certificat d’Etudes Primaires ; puis par la suite suivre une formation qui lui permettra de devenir institutrice. Elle dit qu’elle sait qu’elle y arrivera.
GBANGO est un jeune qui est arrivé au Cameroun avec ses parents déjà assez vieux, fuyant la guerre. Il a commencé par de petits jobs dans les villages pour s’occuper de ses parents puis il a entendu parler de la bourse DAFI qui finance les études supérieures de jeunes réfugiés. Avec les encouragements de ses parents, il a postulé, fait les tests et obtenus cette fameuse bourse d’excellence, pour trois ans d’études en soins infirmiers. Sa bourse lui a permis pendant trois ans de s’occuper à la fois de ses études et de ses parents. Aujourd’hui, GBANGO a fini sa formation, il est revenu dans le camp près de ses parents et il s’est fait embaucher comme infirmier au centre de santé du village, au service de sa communauté.
Trois beaux exemples qui me font sourire. YACOUB, ACHTA et GBANGO.
Rien n’est impossible à celui qui croit en lui-même, à celui qui se bat fort pour sa survie, à celui qui rêve tellement fort qu’il concrétise en projet ses pensées.
Au fond, ils sont bien plus forts et réalistes que moi ces trois jeunes réfugiés car moi je suis encore de celles qui croient qu’en formulant un vœux les yeux fermés, le visage levé vers le ciel étoilé, un 31 Décembre, ce vœu sera exaucé l’année suivante….

Et je continue de rêver. Les miens ont une manière étrange de se réaliser…en 2018 je rêvais de participer au sommet de la francophonie à Erevan pour saluer au moins le Président d’une République, mais ce n’est qu’en 2019, alors que je ne m’y attends pas du tout, que je suis sélectionnée pour faire partie des jeunes qui seront aux côtés d'un autre president lors du Forum International des Volontaires en Russie. Ne me demandez pas ce que cela m’a coûté ni quel sacrifice j’ai dû faire pour aller jusqu’en Russie réaliser ce rêve formulé autrement il y’a un an. Je vous laisse le plaisir de faire courir votre imagination.
Bonne année 2020 a tous et surtout, Rêvez moins et Agissez plus.
Fleur Zeta




ma cherie Suzette, j'aime beaucoup les thèmes que tu abordes sur ton blog qui nous permettent de comprendre ta vie d'humanitaire et de comprendre aussi tes aspirations profondes. Merci de toujours nous associer à ce partage.
Bon vent, nous sommes ensemble.