top of page
Rechercher

Seulement ce que je sais!

  • Photo du rédacteur: Fleur Zeta
    Fleur Zeta
  • 12 juin 2020
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 août 2020


https://fr.slideshare.net/CMP/je-sais-emile

Nous sommes le 12 Juin 2020, nous célébrons beaucoup d’évènements aujourd’hui. De la journée internationale de lutte contre le travail des enfants, à la journée de la Russie mais aussi l’anniversaire de mon second grand-frère.

J’ai commencé hier par écrire un long texte sur mes aventures russes, publié sur ma page Facebook et Instagram. Ensuite ce matin, très tôt, j'ai enchaîné dans mes statuts des posts sur le joyeux anniversaire à mon frère puis des bonnes fêtes de journée de….. Mais ce qui ne me quitte pas depuis bientôt quatre mois, c’est l’idée de s’adapter au contexte corona virus. Il faut tout réadapter.


Au début c’était la panique, puis la confusion, l’incompréhension, aujourd’hui on se noie dans les réadaptations et réajustements qu'il faut faire sur tous les programmes et même dans nos vies. Tout est en chantier.


Je commence systématiquement toutes mes journées par des réunions qu’une alarme se charge de me rappeler au réveil. Le sommeil encore pleins les yeux, je me connecte à travers mon téléphone et j'essaye de rassembler mes idées pour me mettre à la page. Parce qu’il faut le savoir aussi, les réunions il y’en a plein, de divers types, de divers thèmes et avec différents acteurs. Alors je me lève du lit avec mon téléphone en main, connecté à la 1ere réunion du jour, je me dirige aux toilettes (pas besoin de détails), puis à la cuisine pour faire mon petit déjeuner. Lorsque j’arrive enfin dans ma salle de séjour, mon téléphone encore dans une main, mon plat de petit déjeuner dans l’autre et la tasse de lait en équilibre quelque part entre mes bras, j’en suis déjà presqu’a la fin de la 1ere réunion et ce n'est que là que je me connecte par mon ordinateur. Ma 2e réunion je la termine en fouillant dans ma cuisine le repas que je vais me faire pour midi. La pause qu’on est sensée prendre entre 13h et 14h, je la passe dans la cuisine en écoutant mes messages sur WhatsApp et en regardant les vidéos sur tiktok. A 14h c’est la 3e réunion et vers 16h je suis assise a rédiger des rapports et des stratégies.


Alors entre ces réunions et ces cas de crises qu’il faut suivre du matin au soir ; la solitude pesante que tout cela fait naitre dans mon esprit et l’impitoyable manque d’électricité et d’eau que je subis au quotidien, j'ai l'impression que mon esprit régresse. Je sens comme un rétrécissement dans mon cerveau. Comme si une petite voix dans ma tête me disait "oh ma belle! ne te casse pas trop la tête à réfléchir, moi j'hiberne. Si tu insistes, débrouilles toi sans moi". Ah, traître!

Parce que en plus de tout ça, les dates pour la reprise normale du travail ne cessent de changer parce que les cas de personnes infectées augmentent. Oh oui, ils augmentent. Ils ne baissent pas. Tandis que dans les grandes villes où se trouvaient les poches d’infections il y a deux mois la situation semble stable (la phase de confusion au moins est passée), aujourd’hui les petites villes et villages expérimentent à leur tour la visite du COVID19 avec son lot de décès ; d’insuffisances de kits pour tests et même de structures de prises en charge.


Nous sommes arrivées à l’heure où chacun se procure son remède du village qui lui semble le plus efficace pour prévenir, voire soigner, la COVID19. Mon grand frère, l’aîné, a expédié chez moi des écorces fraichement venues de notre village en me répétant avec insistance au téléphone : « dès que tu récupères ce colis, prends les écorces, piles les dans un mortier. J’espère que tu as quand même un mortier hein. Ensuite mets dans de l’eau. Laisse reposer pendant 24h puis bois un verre le matin et un verre le soir. C’est un remède très efficace contre toutes ces infections qui rodent dehors là. C’est grand-mère qui me l’a indiqué ». Et voilà. On en est là. Nos remèdes de grand-mère à l’attaque contre la corona virus.


L’une des choses rassurantes dans toute cette embrouille stressante, c’est la force mentale des populations dans les villages. Alors que beaucoup en ville s’imaginent encore que la COVID19 n’existe pas ou qu’elle ne peut rien faire, les populations dans les villages s’informent et s’arment pour le combat. Pas seulement à coup d’écorces et d’herbes, mais aussi avec la parole.

Ils s’informent et sensibilisent sur les méthodes de prévention, les gestes barrières et les mesures à prendre en cas d’identification de cas suspect ou confirmé positif au virus. Du moins, c’est ce qu’on observe dans certains villages au Cameroun qui ont accueillis les réfugiés. Ces populations ont certes peur mais certaines personnes parmi elles, notamment des jeunes dynamiques, s’impliquent avec la communauté humanitaire dans les activités de sensibilisations et de constructions des espaces de quarantaine. Ils font des plaidoyers pour avoir des appuis en masques, gants, lave-mains, gels hydroalcooliques, kits de dépistages rapides, lits pour les centres de quarantaine, etc.

André, relais communautaire à Ngam dans l'Adamaoua au Cameroun

Le jeune André en est bien une preuve palpable d’implication et de leadership. Il draine derriere lui d’autres jeunes de son village pour lutter contre la COVID19. Les humanitaires aident, certes, mais ils trouveront que sur place les jeunes ont déjà commencé.


Coincée au fond de ma maison, confinée et presque énervée, le témoignage de ce jeune homme m’a fait soupirer de soulagement. Après tout, peut être bien que mes réunions interminables en ligne serviront à quelques choses, car il n’y a pas d’incohérence entre les besoins que je dis exister sur le terrain et la réalité. Au contraire il existe des capacités communautaires à exploiter sur le terrain ; des acquis sur lesquels on peut baser nos actions pour avancer contre la COVID19.


Il est virulent ce fichu virus, mais il a tout autant en face de lui, la hargne des populations qui veulent vivre et qui sont habituées à se battre pour survivre.

Cette chaîne qui va des humanitaires en télétravail à ceux sur le terrain jusqu’aux leaders communautaires, constitue pour moi une motivation pour continuer…….


J’aurai aimé avoir un témoignage de l’un de ces humanitaires sur le terrain en cette période du COVID pour me permettre de vous rapporter leur quotidien depuis la survenue de cette pandémie. Mais entre restrictions de sorties, réseau téléphonique irritant, internet instable et électricité presqu'inexistant, je n’ai pu rien obtenir. Je ne voudrais surtout pas seulement imaginer ce qu’ils vivent pour vous l’écrire.


Je vous écris seulement ce que je sais!


Fleur Zeta

 
 
 

Posts récents

Voir tout

1 commentaire

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
D. Christophe AGBODJI
D. Christophe AGBODJI
12 juin 2020

Merci :)

J'aime

Join my mailing list

© 2023 by The Book Lover. Proudly created with Wix.com

bottom of page