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Tournée de stars

  • Photo du rédacteur: Fleur Zeta
    Fleur Zeta
  • 17 juil. 2019
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 mars 2021


Librairie Kleber, Strasbourg

Ma vie d’humanitaire. J’y suis tellement à fond que j’en oublie souvent de véritablement la savourer. Prendre le temps de profiter de chaque minute. Prendre le temps d’imprimer en moi autre chose que le vécue quotidien des personnes sous notre mandat. Toutes ces belles rencontres que je fais au quotidien. Je ne parle pas que de ces personnes tellement vulnérables que je rencontre tous les jours. Je parle aussi de personnes bien portantes ; bourrées de fric (peut-être pas trop, mais assez pour moi !) et débordantes de bonnes fortunes.

Heureusement que parfois, des évènements ou des personnes nous obligent à marquer un temps d’arrêt, lever les yeux de notre travail quotidien et sourire à la vie.


Tenez, le mois dernier j’ai accompagné le célèbre footballeur international camerounais, Alexandre SONG, dans ses descentes sur le terrain pour ses rencontres avec les personnes déplacées à cause de la guerre. Il discutait à gauche et à droite, s’émerveillait de la capacité de résilience de ces femmes et hommes brisés par la vie, il visitait les infrastructures médicales, scolaires et autres avec une grande compassion. Et puis le soir, il rentrait, fatigué d’avoir marché toute une journée sans avoir mangé même un tout petit bout de pain. Bref, il vivait l’une de nos journées sur le terrain. Il n’a d’ailleurs pas hésité à exprimer son admiration pour le travail d’humanitaire fait sur le terrain.


Alexandre Song avec les enfants réfugiés du site de Borgop-Cameroun, Juin 2019

Il était là en tant qu’ambassadeur de bonne volonté et moi j’étais là pour le boulot, et je vous assure j’y étais à fond. Je faisais tout pour ne pas m’écrier : « ô mon Dieu je le vois en vrai !!! ». Une vraie folle me direz-vous, mais bon c’est comme ça, ces élans que je refoule au quotidien juste pour bien faire mon travail. Ce n’est que quelques jours après son passage, alors que je discutais avec mes amis de ce séjour du célèbre footballeur, que je me suis retrouvée à sourire en revivant le délire des populations à son passage.

Quoi qu’il en soit, pour revenir donc à mes fameuses rencontres de stars : il n’y a pas eu que le fameux footballeur international, mais aussi le grand poète burkinabé (pas encore connu) aux vers ensorcelants, Eucher (lu et prononcé « Usher »). Pas le célèbre musicien américain, mais le grand humanitaire et professeur de maintien de la paix. À chacun de ses mots on croit entendre une balade de bord de mer accompagnée de chants d’oiseaux. Il vous fait sourire et très souvent rire, quelle que soit votre humeur. Un séjour de quelques jours à Bamako avec lui vous donnera à coup sûr l’impression d’avoir vécu un siècle d’histoires drôles et follement excitantes. J’ai passé quelques jours à l’École de Maintien de la Paix de Bamako, pour un stage en Justice Transitionnelle et je me suis surprise par moment à sourire et à rire toute seule. Quelques jours loin de mon cadre de travail habituel, mais dans un autre cadre humanitaire tout aussi intéressant, avec un peu plus de « soleil ».


EMP de Bamako-Mali

Il ne s’agissait pas de travailler, mais d’apprendre de nouvelles techniques de construction sociale de la paix après un conflit. Comme à chacun de mes séjours, j’ai fait des rencontres marquantes et inspirantes. Cette fois, c’était entre autres, celle avec ce Eucher. Un stage qui pour moi commençait avec l’esprit encore tourné vers le travail que j’avais laissé, mais qui a très vite tourné vers une concentration salutaire grâce à ce grand homme. Ceux qui ont vécu parfois ces instants de déconcentration lors d’une formation comprendront certainement quand je dis que la capacité d’un enseignant ou d’un facilitateur à rendre son cours à la fois ludique et pédagogique fait de lui quelqu’un qu’on n’oublie pas. On passera le reste de sa vie à se souvenir à la fois de la personne, mais aussi de son cours avec un sourire et une certaine facilité. À force de travailler sur le terrain, on a trop souvent tendance à avoir l’impression que notre capacité d’apprentissage n’est plus d’actualité ; mais c’est se tromper, car en réalité avoir une expérience concrète aiguise davantage notre esprit à comprendre les « théories » ou des « concepts » en salles de stage/cours. Bon bref, vous l’aurez compris, Eucher m’a aidé à réveiller mon goût pour l’enseignement. J’ai vu en lui un humanitaire avec des capacités d’enseignement exceptionnelles et inspirantes.

La carte du mobilier répulsif ... Rue89 Strasbourg Des bancs anti SDF place du Vieux-Marché-aux-Vins, aussi appelés « repos du Fakir » par les connaisseurs. (Photo Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg / cc)
Galets, grilles, bancs anti-sieste...

Et puis, quelques mois après, de l’autre côté de l’atlantique, j’ai fait la magnifique rencontre d’une femme remarquable. Et vous le savez déjà, les femmes remarquables me fascinent. Celles qui ont du caractère, qui savent ce qu’elles veulent, qui foncent, qui n’ont pas peur de la société, de sa culture ou du « qu'en-dira-t-on ». Il s’agit cette fois de Madame Esther Peter DAVIS.

Voilà ce que vous dira Google si vous faites une recherche sur elle : « Esther Peter-Davis est une pacifiste alsacienne qui a joué un rôle déterminant dans le développement du mouvement antinucléaire en France, et dans le développement d'organisations transfrontalières pour la défense des droits humains et d'un environnement sain. Elle fut mariée à Garry Davis, le fondateur en 1948 du mouvement des Citoyens du Monde. ». Mais, elle, elle vous dira, « Je suis Esther. J’ai cherché toute ma vie à comprendre pourquoi les hommes se faisaient la guerre… mais finalement je n’ai rien compris sinon qu’on ne peut rien y faire…». Elle vous dira sans doute un tas d’autres choses très intéressantes, mais le tout avec une telle simplicité que vous ne vous douterez pas de l’ardeur de son combat dans sa jeunesse. Voilà ! Moi devant des femmes pareilles je reste toujours béate d’admiration.

Je l’ai rencontré alors que je ne savais pas qui elle était et que je n’avais jamais entendu parler d’elle. Assise sur un banc public, j’ai vu une femme âgée plongée dans la lecture d’un livre sur la guerre en Afrique. Je me suis distraitement approché et me suis penché pour bien lire le titre. Elle l’a baissé, m’a regardé dans les yeux, et m’a demandé tout doucement « Tu veux le lire ? ». J’ai répondu : « Non, non. Je voulais juste lire le titre » et là elle me fait signe de m’asseoir à côté d’elle sur le banc. Trente minutes après, j’étais toujours assise à côté d’elle, écoutant ses histoires sur son passage en Afrique dans les années 80, son voyage en bateau pour retourner en France avec des jeunes militaires démobilisés au Congo, sa survie à une crise civile au Ghana, et ses peurs de mère lorsque le temps fut venu de se consacrer à sa famille. Une femme forte qui a su à son époque (très peu féministe) voyager et travailler sur des sujets purement réservés à l’époque aux hommes.

Les choix de vie qu’on fait nous conduisent aux rencontres qu’on fait plus tard. Ma vie d’humanitaire me permet chaque jour de rencontrer une variété de belles personnes tant intellectuellement que dans le milieu du sport. Le point commun restant : l’amour pour l’Homme.


Fleur Zeta

 
 
 

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1 commentaire

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D. Christophe AGBODJI
D. Christophe AGBODJI
14 nov. 2019

"L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux", disait Voltaire. Hihihi....

Les plus grands biens que ces rencontres nous font sont les ails qu'elles nous procurent pour nous envoler vers d'autres défis... se rélever

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