UNE VISITE
- Fleur Zeta

- 4 févr. 2019
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 juil. 2019

Marcelle est venue me rendre visite.
Enfin quelqu’un qui ose braver les heures interminables de route ; les arrêts à tous les postes de sécurité ; les pauses pipi ; les arrêts dans les agences et j’en passe, pour me voir.
D’accord j’exagère un peu…. Il y' en a eut quelques courageux avant. Mais sa visite à elle me faisait particulièrement plaisir.
Marcelle s’était décidée. Il est vrai que je l’avais un peu motivé à venir me voir. Quand même ! Passer trois mois sans prendre de mes nouvelles ? Au premier signe de vie qu'elle s’est décidée à faire, je l’ai accablé de reproches. J’ai pris ma plus petite voix de malheureuse pour lui raconter ma solitude, mes maladies ; mes déceptions ; mes accidents, tout ce que j’avais vécue en pensées ou en actions au cours de ses mois de silence. Elle n’a pas eu d’autres choix que de m’annoncer : « je viens te rendre visite ». bien-sûr elle n’a jamais su quel sourire satisfait j’avais eu lorsque je raccrochai le téléphone ce jour-là.
Et donc voilà, Marcelle s’était emmenée. A son arrivée plus de douze heures plus tard, j’ai dû affronter le froid agressif des aubes de notre bel harmattan pour me décider à aller la récupérer à l’agence de voyage. Bien évidemment, aucune moto disponible à 4h du matin sur les routes de la ville (en précisant déjà qu’ici nous circulons dans la ville en motos. Elles nous servent de taxi). Et puis ce risque connu de kidnapping qui plane dans la ville depuis un moment...Je me rassurais en me disant : « bah quoi ? Jusqu’ici ils n’ont kidnappés que des personnes riches ou importantes. Moi je suis qui dans quoi ici ? ». Et je cheminais sur la route à 4h du matin, sous un froid d’Europe, vers l’agence de voyage où m’attendait Marcelle. Ça aurait été plus simple de lui dire de prendre une moto (il y’en a toujours stationner dans les agences de voyages) et de donner mon adresse pour y être déposer illico. Mais voilà, les adresses ici sont un peu compliquées. Comment aurais-je pu expliquer à ma belle amie où je logeais dans cette ville ? « Ancien BIR » ; « vieux bus » ; « carrefour malo ». Toutes ces motos-taxi connaissent bien ces endroits. Mais ce qu’il faut savoir c’est que venir à « vieux bus » ne signifie pas une maison précise et exacte. NON. Il s’agit de maitriser le quartier, les tournants, les nids de poules et les angles, pour savoir comment orienter votre transporteur en moto « tourne ici ; monte par là ; saute ici…. ».
Alors, comment est-ce que je pouvais laisser Marcelle prendre une mototaxi sans avoir tous les détails sur les tournants à prendre pour arriver chez moi ?
Finalement on y est arrivé. On s’est retrouvé et nous avions des tas d’histoires à se raconter. Jusqu’à 06 heures du matin, heure à laquelle je devais me rendre au boulot.
Ce jour-là, je n’avais pas d’activités de terrain à mener, mais juste des réunions dans notre grande et belle salle de conférence. Une journée belle, joyeuse et gaie, parce que je savais que Marcelle serait à la maison à mon retour et que nous pourrons continuer nos histoires de ces trois derniers mois. Une heure avant le retour chez moi, alors que je finalisais mes rapports de la journée, mon chef me l’a annoncé. « Écoute ma chère, demain tu vas en mission pour 5 jours. On a besoin de nous pour mener cette enquête sur les vulnérables de nos sites de bénéficiaires. Il faut que tu y ailles urgemment rejoindre l’équipe déjà sur le terrain ». Ce n’était pas prévu ; je n’étais pas préparer ; mais c’est comme ça dans mon travail. Il faut être prêt à tout moment.
Mais moi ce jour-là, je ne voulais pas être prête. J’avais de la visite bon sang ! Comment annoncer à mon amie que son séjour allait être écourté parce que moi j’allais en mission sur le terrain. Et puis, bam ! Une idée : et si elle m’accompagnait ?
Marcelle : tu n’es pas sérieuse ? Je ferai quoi pendant que tu seras au travail ?
Moi : behhhh, tu peux profiter et dormir, te reposer, te balader un peu
Marcelle : me balader ? Où ? Qu’est-ce que je suis sensée voir dans ce village
Moi : ce n’est pas vraiment un village, c’est une petite ville
Marcelle : ah oui ?
Silence. J’étais embarrassée. Marcelle est une citadine. Lui dire qu’on irait dans une petite ville alors que connaissant ses standards elle serait complètement larguée, je commençais à douter de mon idée. Me voyant ainsi désemparée, elle me lança rapidement « d’accord ; d’accord, allons-y. Ça me ferra une découverte après tout ».
Le lendemain, on y était.
Cinq jours passés ensemble sans vraiment être ensemble. Moi dans mon adorable travail d’humanitaire et elle dans ses découvertes du pays. Le soir on se retrouvait et il ne s’agissait plus de se raconter les histoires de trois derniers mois mais de nos expériences de la journée. Je l’écoutais mais mon esprit restait, comme toujours dans ces moments -là, sur mes activités ; mes challenges de la journée et ceux de la journée qui suivrait. Elle était contente de découvrir et elle en voulait plus. Elle voulait venir avec moi au travail sur le terrain. Mais je ne pouvais pas l’emmener avec moi. Elle n’avait aucun statut qui lui permette de se joindre à mon équipe pour participer ou simplement observer. Elle ne pouvait que se limiter aux balades dans la petite ville pendant que moi j’allais un peu loin vers les frontières pour travailler.
Nos attentes n’étaient plus les mêmes et nos conversations s’en ressentaient. Nos esprits n’étaient plus synchronisés pour faire la même activité une fois de nouveau ensemble.
J’avais vraiment espérer que ce voyage ensemble serait une belle aventure. Mais nous n’avions finalement pas vécue d’aventures ensembles ; pas d’histoires à raconter si ce n’est celle que je vous conte.
Je sais que Marcelle avait espérer en me suivant sur le terrain qu’elle pourrait vivre dans mon quotidien qui semble si exaltant. Mais finalement, ces cinq jours passer à errer dans une petite ville qu’elle ne connaissait pas, n’avait pas été à la hauteur de ce que son imagination lui avait dit. Elle avait espéré qu’à défaut de me rendre une visite normale comme dans toute relation normale, elle vivrait une aventure à raconter à son retour en ville.
Seulement moi, mon travail aux changements rapides avait prévu autre chose et elle n’y était pas programmée.
Marcelle est finalement rentrée chez elle dès notre retour du terrain. Une rapide accolade d’au revoir ; des promesses de prochaines visites mieux planifiées ; et la séparation était faite. Rendez-vous lors de mes prochains congés incertains où, à défaut d’être devenue humanitaire, elle continuera de vivre ces aventures de terrain d’humanitaire à travers ce que je lui raconterai.
Marcelle, ma bouffée fraîche de belle amitié!
Fleur Zeta




Ce sera deux célibataires mariés et certainement visant le même but...!!!
Si tu t'ai marié comment feras-tu?
Mais si c'est comme ça venir te rendre visite en se baladant seul...!!!! Heuh c'est pas facile !!!!
Mais Zeuta tu m'as fait vivre cela comme si j'étais "Marcelle"...??!!!
Waouh